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L'école à Marsanne avant la Révolution
Jean-Raymond Delahaye
Dès 1653 au moins, bien avant l'édit royal de 1698 qui fait obligation aux municipalités de créer
des écoles, un précepteur de la jeunesse enseigne aux enfants marsannais. En 1675, par exemple, le
« Mettre d'Escole » a des gages de trois livres par mois payables par la communauté « quartier par
quartier », c'est-à-dire par trimestre, auxquels s'ajoutent dix sols par mois payés par chacun des enfants
qui apprendront à écrire, quinze sols par ceux qui apprendront l'arithmétique et vingt par ceux qui
apprendront le latin, quant aux « petits enfants », il leur est demandé cinq sols. Jusqu'à 1790, si on
excepte une très courte période en 1717, les enfants de Marsanne ont pu toujours profiter de
l'enseignement d'un maître d'école.
1. Qui sont ces maîtres d'école ?
Lors de l'assemblée générale de la communauté de Marsanne qui se tient en novembre de chaque
année, le consul propose de nommer un « précepteur de la jeunesse » pour l'année à venir. Il s'agit de
« continuer » celui de l'année précédente ou de nommer un nouveau candidat dont il a auparavant vérifié
les compétences et avec lequel il a discuté des conditions financières. Il arrive qu'on lui demande
d'assurer également la fonction de secrétaire lors des assemblées générales. À Marsanne, sauf exception,
ces maîtres sont des laïcs.
Cet extrait des délibérations de l'assemblée communautaire du 19 juillet 1716 détaille les
circonstances et les modalités de la nomination d'Henry Garcin, nouveau précepteur de la jeunesse :
« ...Messire Gabriel Bernaud servant la Chapelle de Saint Laurent et enseignant la jeunesse a témoigné
ne pouvoir plus le faire ce qui a obligé le proposant (le consul) après toutefois en avoir conféré avec les
principaux de ce lieu de s'informer sy s'en trouverait quelque autre pour mettre à sa place et s'étant le
sieur Henry Garcin présenté du lieu de Dieulefit (…) il le propose à l'assemblée pour délibérer. […] c'est
après avoir vu et examiné le sieur Henry Garcin, et ce de l'avis de messire Michel Penail Curé de ce lieu,
que la présente assemblée nomme le sieur Henry Garcin en la place de messire Bernaud pour commencer
dès le premier septembre prochain de la présente année mille sept cent seize (...) aux conditions qu'il lui
sera fourny un logement tant pour lui que pour les escolliers une table et bancs, et qu'il lui sera payé par
le receveur la somme de cinquante quatre livres pour l'année que treize livres dix sols composés de trois
mois pour chaque quartier, et par avance, et quoutre (cela) les escoliers payeront suivant les coutumes
qui sont, pour les enfants qui aprenent à lire cinq sols par mois ceux qui aprenent à lire et à écrire dix
sols, et pour ceux qui aprenent à lire à écrire et à la rithmétique quinze sols ».
C'est la seule fois durant la période étudiée qu'un (très modeste) mobilier est proposé au maître
d'école. Sans doute est-ce lié à l'installation de l'école dans les locaux rénovés de la nouvelle maison de
ville qui sera détaillée plus loin. On note que le latin a disparu des « objectifs » ; il est, en effet, désormais
admis que c'est dans des textes écrits en français et non en latin que doit se faire l'apprentissage de la
lecture.
e
Un peu fastidieuse sans doute, la liste de tous les maîtres qui ont enseigné au XVIII à Marsanne,
est riche d'enseignement. Il est frappant, en particulier, de les voir se succéder en si grand nombre,
conséquence de la précarité de cet emploi et tout particulièrement de la faiblesse des gages proposés.
Aussi, nombre d'entre-eux se déplacent-ils d'année en année d'un village à l'autre selon la rémunération
proposée alors que d'autres optent pour une autre activité plus rémunératrice.
Les Amis du Vieux Marsanne. Bulletin n°39 Page | 28

