Page 808 - Tous les bulletins de l'association des" Amis du Vieux Marsanne"
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entre 1650 et 1700. En 1709, ce chiffre bondit à 51 décès, puis à 64 en 1710. En 1711, on revient à 21
          décès  et,  signe  encourageant,  50  baptêmes.  Triste  record.  Les  victimes  sont  surtout  des  enfants  ou  des
          vieillards. Le curé Penail n'a pas laissé de remarque sur le registre, au contraire de certains de ses confrères
          qui ont rapporté brièvement les événements, témoignages précieux.
                 L'épisode  de  froid  extrême  se  répéte  en  1765-66,  et  surtout  à  l'hiver  de  1788-89,  encore  plus
          rigoureux  avec  un  gel  continu  de  86  jours.  Comme  les  fois  précédentes,  la  végétation  fragile  (vignes,
          oliviers, etc.) ne résiste pas. Les rivières gelées bloquent les moulins pendant plus d'un mois dans la région
          de  Montélimar.  La  pénurie  de  farine  à  fait  rapidement  monter  les  prix,  pénalisant  les  plus  pauvres  et
          perturbant les circuits habituels de distribution.

                 Passons au XIXe siècle, les rigueurs du PAG commencent à s'atténuer, mais on se souvient de 1812
          et de la retraite de Russie. Et puis, c'est l'hiver 1829-30 qui renoue avec les dates remarquables du siècle
                                er
          précédent. Débutée le 1  novembre, la vague de froid intense gèle le Rhône (on traverse à pied à Valence),
          fait resurgir les loups des forêts, et décime une fois de plus les oliviers.

                 Il y aura d'autres séquences de grande rigueur hivernale avant la fin du siècle, mais elles toucheront
          surtout la moitié nord du pays. Enfin, après les  années 1860, finie la petite glaciation, bonjour le XXe
          siècle !
                 Lui aussi va connaître des années de glace : les poilus dans les tranchées à Noël 1916 ont inauguré
          la triste litanie. A Marsanne et dans le Midi on se souvient, entre autres, de l'hiver de 1941, puis de celui de
          1942 qui a duré jusqu'en mars. On n'oublie pas non plus 1954 et le drame des sans-abris, mais l'épisode
          comparable à 1709 reste celui de février 1956 qui a frappé par son intensité et sa brièveté.
                 Jean  Giono  en  a  été  témoin  à  Manosque  :  "Après  le  rude  hiver  de  1956,  on  vit  apparaître  le
          squelette  des  oliviers.  Jusque-là  ils  avaient  été  grecs  de  la  belle  époque  ;  brusquement,  ils  s'étaient
          dépaysés, ils avaient voyagé dans le temps et dans l'espace jusqu'à la brutalité et la sauvagerie des totems
          ; ils couvraient désormais les collines de diagrammes rituels." (Provence)

                 Six  ans  plus  tard,  c'est  la  vague  de  1962  avec  trois  mois  de  gel  continu  et  une  pénurie  de
          combustible en ville. Encore dix ans, et à Marsanne on déblaie les congères de 1971, mais les oliviers et
          les amandiers sont toujours debout !

                                                   LES TEMPS DILUVIENS
                 Très bien d'avoir évoqué les grands froids d'un millénaire, mais on ne peut passer sous silence les
          autres sources régulières de catastrophes que sont les inondations dues à des pluies diluviennes ou aux
          crues du dégel. La chronologie de Marius Villard nous sert une nouvelle fois de guide.

                 Dans la région, le Rhône et l'Isère rivalisent d'imagination pour ravager leurs rives, suivis de plus
          loin  par  la  Drôme,  l'Ouvèze  et  de  tout  modestes  cours  d'eau  comme  le  Jabron  ou  le  Roubion.  A  tout
          seigneur  tout  honneur,  le  Rhône  emporte  une  bonne  dizaine  de  fois  le  pont  de  la  Guillotière,  sa  cible
          favorite à Lyon, entre 1407 et 1578. De son côté, l'Isère se charge d'inonder généreusement Grenoble et
          d'ébranler le pont de Romans ou de l'écrouler, au besoin, comme en 1651.
                 Pour rester dans le voisinage, la ville basse de  Valence subit régulièrement l'assaut des  flots. A
          Montélimar, souci supplémentaire, les impromptus du Jabron et du Roubion réunis ! La rive du fleuve et
          les quartiers d'Aygu et du Fust font couramment la une à partir de 1543.
                 En  1627,"[...]  le  Roubion  emporte  une  partie  des  remparts  et  des  fortifications  [...]".  En  1629,
          poursuivant le travail, une inondation majeure "[...] emporta vingt à trente toises (presque 60 m ) des murs
          entre les portes d'Aigu et de Fust, submergea les huttes des pestiférés [...]" (Bull Archéol. 1887, p 192). En
          1651, aidé par l'Isère, le Rhône détruit le château d'Ancône et déborde généreusement sur Montélimar.
                 A  Marsanne,  c'est  en  1660  que  le  Roubion  vient  envahir  les  terres  en  même  temps  qu'à  Cléon
          d'Andran, à Sauzet et St-Marcel, pendant que le Jabron collabore à Châteauneuf-de-Mazenc.
                 Patiemment, à Montélimar, on reconstruit les murs qui sont à nouveau mis à l'épreuve en juin 1673
          avec une attaque déloyale du Roubion qui inonde St-Gervais et Sauzet. Heureusement les portes de la ville




          Les Amis du Vieux Marsanne. Bulletin n°36                                                                                                                                              Page | 31
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