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GLACE, ORAGES ET TREMBLEMENTS
Froid, chaud, pluie, canicule, intempéries en tous genres semblent prendre un malin plaisir à nous
compliquer l'existence en ne respectant pas le calendrier pourtant bien établi : froid en hiver, soleil et
pluies de printemps pour les cultures, chaud l'été, mais pas trop, pluies d'automne pour les cultures et la
nappe phréatique. Jusqu'à très récemment cela fonctionnait assez bien, à quelques tempêtes ou épisodes
cévennols près, et les jours coulaient, paisibles. Voire ! Un coup
d'oeil en arrière suffit à brouiller la belle image du "long fleuve
tranquille".
Dans trois numéros successifs du bulletin de la Société
départementale d'Archéologie et de Statistique de la Drôme, entre
1887 et 1889, nous avons découvert l'inventaire méticuleux des
phénomènes météorologiques remarquables, recensés de manière
chronologique depuis les temps anciens jusqu'au milieu du XIXe
siècle. Etablie par Marius Villard, architecte voyer de Valence,
érudit et collectionneur émérite, la liste impressionne. L'auteur a
surtout retenu les résultats intéressant la Drôme et le Dauphiné.
Mémoires, registres paroissiaux, témoignages, archives et
Marius Villard (1843-1915)
textes officiels l'ont renseigné sur les périodes précédant la mise en
(AD de la Drôme)
place d'observations scientifiques systématiques. Pour le XIXe
siècle, il a fait souvent appel aux études locales de référence, tels les ouvrages de l'archiviste André
Lacroix ou du baron de Coston.
Les aléas climatiques marquants sont, en priorité, la sécheresse, les froids excessifs et les crues
dévastatrices, souvent dues au dégel. La documentation, éparse pour les siècles les plus lointains,
commence à s'étoffer sérieusement à partir du XIVe siècle, puis au long du Petit Age Glaciaire (PAG),
jusqu'aux dernières années du XIXe siècle. Le recensement de Villard s'arrête en 1846, mais des
événements importants ont encore marqué les décennies suivantes.
LES TEMPS DU GEL
Le PAG inaugure une ère de refroidissement rapide du climat comprise entre 1350 et 1850 et
confirmée par les observations.
En 1316, les ponts de Paris sont emportés par les glaces ; ils le seront à nouveau en 1408. Les
rivières de Provence et d'Italie gèlent en 1334.
En 1364, le Rhône se couvre de 15 pieds de glace (~ 4,50 m) tandis que les vignes et les arbres
fruitiers sont détruits par le gel. En 1400, ce sont les mers du Nord de l'Europe qui sont prises par les
glaces, puis en 1408 et en 1430 où l'on traverse à pied du Danemark à la Suède. En 1595, c'est la
Méditerranée qui est prise à Marseille et à Venise !
En 1468, on débite le vin à la hache pour les soldats en Flandre, exercice qui se répète à Paris
pendant l'hiver terrible de 1544. Il faut attendre 1695 pour voir le vinaigre geler à son tour.
Nous avons encore en mémoire l'année 1956 avec le gel des oliviers en Provence, mais ce scénario
s'est régulièrement répété au cours des siècles passés. Les hivers de 1570 et 1572, puis 1599 ont frappé en
même temps les oliviers, la vigne, les arbres fruitiers, les noyers dans toute la région. Même punition en
1603 et 1607. N'oublions pas, au passage, janvier 1589 qui fut suffisamment rude pour décourager
Lesdiguières de poursuivre le siège de Marsanne.
Après des dizaines de jours de gel, il y a parfois un redoux trompeur qui laisse le blé sortir de terre
avant d'être détruit par un nouvel accès de froid. Pour survivre, les paysans se hâtent alors de semer de
l'orge ou du seigle entre les rangs disparus. La famine guette.
Les Amis du Vieux Marsanne. Bulletin n°36 Page | 29

