Page 806 - Tous les bulletins de l'association des" Amis du Vieux Marsanne"
P. 806

GLACE, ORAGES ET TREMBLEMENTS


                 Froid, chaud, pluie, canicule, intempéries en tous genres semblent prendre un malin plaisir à nous
          compliquer  l'existence  en  ne  respectant  pas  le  calendrier  pourtant  bien  établi  :  froid  en  hiver,  soleil  et
          pluies de printemps pour les cultures, chaud l'été, mais pas trop, pluies d'automne pour les cultures et la
          nappe phréatique. Jusqu'à très récemment cela fonctionnait assez bien, à quelques tempêtes ou épisodes
          cévennols près, et les jours coulaient, paisibles. Voire ! Un coup
          d'oeil  en  arrière  suffit  à  brouiller  la  belle  image  du  "long  fleuve
          tranquille".

                 Dans  trois  numéros  successifs  du  bulletin  de  la  Société
          départementale d'Archéologie et de Statistique de la Drôme, entre
          1887  et  1889,  nous  avons  découvert  l'inventaire  méticuleux  des
          phénomènes  météorologiques  remarquables,  recensés  de  manière
          chronologique depuis les temps anciens jusqu'au milieu du XIXe
          siècle.  Etablie  par  Marius  Villard,  architecte  voyer  de  Valence,
          érudit  et  collectionneur  émérite,  la  liste  impressionne.  L'auteur  a
          surtout retenu les résultats intéressant la Drôme et le Dauphiné.
                 Mémoires,  registres  paroissiaux,  témoignages,  archives  et
                                                                                   Marius Villard (1843-1915)
          textes officiels l'ont renseigné sur les périodes précédant la mise en
                                                                                       (AD de la Drôme)
          place  d'observations  scientifiques  systématiques.  Pour  le  XIXe
          siècle,  il  a  fait  souvent  appel  aux  études  locales  de  référence,  tels  les  ouvrages  de  l'archiviste  André
          Lacroix ou du baron de Coston.

                 Les  aléas  climatiques  marquants  sont,  en  priorité,  la  sécheresse,  les  froids  excessifs  et  les  crues
          dévastatrices,  souvent  dues  au  dégel.  La  documentation,  éparse  pour  les  siècles  les  plus  lointains,
          commence à s'étoffer sérieusement à partir du XIVe siècle, puis au long du Petit Age Glaciaire (PAG),
          jusqu'aux  dernières  années  du  XIXe  siècle.  Le  recensement  de  Villard  s'arrête  en  1846,  mais  des
          événements importants ont encore marqué les décennies suivantes.
                                                     LES TEMPS DU GEL

                 Le  PAG  inaugure  une  ère  de  refroidissement  rapide  du  climat  comprise  entre  1350  et  1850  et
          confirmée par les observations.

                 En 1316, les ponts de Paris sont emportés par les glaces ; ils le seront à nouveau en 1408.  Les
          rivières de Provence et d'Italie gèlent en 1334.

                 En 1364, le Rhône se couvre de 15 pieds de glace (~ 4,50 m) tandis que les vignes et les arbres
          fruitiers sont détruits par le gel. En 1400, ce sont les mers du Nord de l'Europe qui sont prises par les
          glaces,  puis  en  1408  et  en  1430  où  l'on  traverse  à  pied  du  Danemark  à  la  Suède.  En  1595,  c'est  la
          Méditerranée qui est prise à Marseille et à Venise !

                 En 1468, on débite le vin à la hache pour les soldats en Flandre, exercice qui se répète à Paris
          pendant l'hiver terrible de 1544. Il faut attendre 1695 pour voir le vinaigre geler à son tour.

                 Nous avons encore en mémoire l'année 1956 avec le gel des oliviers en Provence, mais ce scénario
          s'est régulièrement répété au cours des siècles passés. Les hivers de 1570 et 1572, puis 1599 ont frappé en
          même temps les oliviers, la vigne, les arbres fruitiers, les noyers dans toute la région. Même punition en
          1603  et  1607.  N'oublions  pas,  au  passage,  janvier  1589  qui  fut  suffisamment  rude  pour  décourager
          Lesdiguières de poursuivre le siège de Marsanne.
                 Après des dizaines de jours de gel, il y a parfois un redoux trompeur qui laisse le blé sortir de terre
          avant d'être détruit par un nouvel accès de froid. Pour survivre, les paysans se hâtent alors de semer de
          l'orge ou du seigle entre les rangs disparus. La famine guette.



          Les Amis du Vieux Marsanne. Bulletin n°36                                                                                                                                              Page | 29
   801   802   803   804   805   806   807   808   809   810   811