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DE CATHERINE A VICTORIA, L'ODYSSEE DES CANONS RUSSES
Grâce aux archives de la famille de Montluisant, nous avons déjà retracé le périple maritime et
terrestre qu'ont suivi, depuis Sébastopol, les deux canons figés à l'entrée du grand sanctuaire de Fresneau
en 1860. Mais l'histoire était tout de même un peu courte. D'où viennent vraiment ces deux veilleurs
imposants, heureusement détournés d'une fin anonyme dans les cuves de la
fonderie Voruz ?
En dehors de l'aigle à deux têtes, symbole de l'empire russe, bien visible,
les seuls indices révélateurs nous sont apparus sur les tourillons. Ces deux parties
cylindriques et saillantes, disposées de part et d'autre d'une pièce, permettent de
la maintenir sur son affût. Apparemment sans intérêt, c'est pourtant sur leur face
plane que le zoom du photographe a révélé des inscriptions cabalistiques (Coll. privée)
intrigantes.
Nous repérons assez vite des caractères cyrilliques sur le tourillon de gauche et des chiffres sur
celui de droite. L'aide bienvenue d'un traducteur ami éclaire une partie du mystère et relance nos
recherches. Le calibre et le poids s'affichent clairement en unités anciennes de mesure russes : le funt,
фунт, équivalent de la livre (= 0,409 kg) et le poud, пуд, valant 40 funt (= 16,3 kg).
Les deux canons de marine de calibre 24 fount, soit 9,8 kg, pèsent 140 ½ pouds, soit 2,3 t. Et ils
ont été fondus en 1845 pour l'un, et 1846 pour l'autre.
Canon 1846 (Coll.. privée) Canon 1845(Coll. privée) (Coll. privée)
Pour mieux les situer, la pièce de 1846 est à gauche de l'entrée de la chapelle, celle de 1845,
à droite. Déchiffrons à présent leur biographie avec les inscriptions sur les tourillons opposés.
Le canon de 1845 porte le numéro de série 29.654. Au-dessous,
figure en abrégé le nom de la fonderie : ALKSND ZVD, pour
Alexandrovskiy Zavod (Александровский завод), généralement citée
comme "l'usine Alexandrovski".
Au bas, figure le nom du directeur de l'usine à l'époque de la
fabrication. Ici, Butenev (Бутенев).
Un chaleureux merci à l'ami allemand qui a étudié le russe et
élucidé pour nous le mystère cyrillique !
Canon 1845 (Coll. privée)
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