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Le canon de 1846 porte le numéro de série 29.814 et les mêmes
références.
La fonderie elle-même témoigne de l'histoire échevelée du vieux
e
continent dans les siècles récents. Au cours du XVIII siècle, de
nombreux états favorisent l'immigration étrangère, soit pour peupler et
exploiter certaines zones de leur territoire, soit pour développer
commerce et industrie avec une main d'œuvre qualifiée.
En 1763, Catherine II, dite la Grande Catherine, impératrice de
Russie, publie un Manifeste facilitant l'installation de colons étrangers
dans les territoires sous-peuplés du sud et de l'est. Artisans, industriels et
Canon 1846 (Coll. privée)
commerçants sont également bienvenus.
En 1765, deux Français d'origine lyonnaise vont profiter de ces dispositions attractives : Pierre
Barral, commerçant, et Daniel Chanony, expérimenté en métallurgie et tissage de la soie. Tous deux
viennent de tenter, sans succès, d'implanter une usine de fer-blanc à Lyon, sur le modèle anglais déjà très
performant. A Saint-Pétersbourg, ils obtiennent un avantageux contrat avec le Collège des Mines russe
(équivalent du Ministère de l'Industrie) pour l'installation d'une fonderie et la fabrication de divers
produits finis (tôles galvanisées, acier, outils, ustensiles en fer-blanc, etc.) dans le gouvernement
d'Olonetz.
C'est à Petrozavodsk (Петрозаводск), à quelque 500 km au nord-est de Saint-Petersbourg, au bord
du lac Onega, que le projet se réalise en janvier 1768 avec la mise en route des "usines françaises"
(frantsuzkiye fabriki). Un succès rapide et florissant les encourage à planifier une seconde usine, Megra
Mikhailovski, dès 1773, avec le concours d'un nouvel associé, Foullon, autre homme d'affaires français
intéressé.
Malheureusement, la compagnie "Barral, Chanony et Cie", a vu trop vite et trop grand. Elle se
trouve rapidement incapable de rembourser le prêt d'état de départ et les avances consenties pour dix ans
au démarrage. Elle fait faillite et "les usines françaises" ferment brutalement en 1778. Barral et Chanony
ruinés disparaissent de la scène. Seuls survivants de l'aventure, Foullon, puis son fils Alexandre
Andreievitch poursuivent leur carrière sur place.
Foullon, tentera brièvement, mais sans succès faute de moyens, de redémarrer l'usine Megra
Mikhailovski en 1788, grâce à l'intervention du nouveau responsable du complexe métallurgique
d'Olonetz.
Fin de l'épisode français, place à la concurrence britannique !
Dès son accession au trône, en 1762, Catherine II a souhaité moderniser la flotte militaire et
commerciale de l'empire. Elle s'est tournée tout naturellement vers les spécialistes de l'époque en matière
d'industrie lourde et d'industrie navale, les Britanniques.
Dans le même temps, les guerres entre la Russie et la Turquie pour le contrôle de la Mer Noire ont
divisé l'Europe en deux camps. Les Français ont soutenu sans défaillir la Sublime Porte. Les Anglais, déjà
en conflit avec la France, ont pris le parti de la Russie, voie royale pour une collaboration industrielle
fructueuse stimulée par divers accords commerciaux.
A Petrozavodsk, l'activité de fonderie reprise par l'état s'est poursuivie pour fournir les armées en
armement sur le site rebaptisé "usine Alexandrovski" (en souvenir d'Alexandre Nevski) avec Foullon à sa
tête, de 1777 à 1786. Mais les rendements étaient insuffisants et le matériel obsolète.
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