Page 844 - Tous les bulletins de l'association des" Amis du Vieux Marsanne"
P. 844

En  1786,  Samuel  Greig  a  convaincu  Charles
          Gascoigne  de  venir  en  Russie  pour  un  suivi  des
          livraisons  de  canons  et  pour  la  remise  en  route  des
          équipements  de  fabrication  à  Petrozavodsk.  Arrivé  à
          Cronstadt  avec  une  solide  équipe  d'ouvriers  de  chez
          Carron,  il  s'attache  à  moderniser  et  réorganiser  sur  le
          modèle de la maison mère l'usine Alexandrovsky, ainsi
          que  la  fonderie  voisine  de  Konchezerski.  Pendant
          plusieurs années il va monter ou rénover avec maîtrise
          plusieurs autres fonderies et usines d'armement.
                                                                    Carronade sur le HMS Victory à Portsmouth
                                                                             (B. Jenkins, Wikimedia)
                 Le minerai de fer local n'est pas très riche, mais
          Gascoigne  met  au  point  des  procédés  permettant  de
          l'utiliser  au  mieux  pour  la  production  de  fonte  des
          canons.  Paradoxe  de  ce  transfert  de  technologie,  le  coke  nécessaire  aux  opérations  est  importé
          d'Angleterre !

                 Il faut dire que la technique du haut fourneau et de la fonte au coke, dont les britanniques ont alors
          la maîtrise, est toute récente. Elle va bientôt supplanter la fonte traditionnelle au charbon de bois, mais la
          Russie est encore loin de fournir le combustible nécessaire. Il faut aussi importer l'argile réfractaire, les
          briques et divers autres matériaux pour construire les fours.

                 C'est toute une industrie à mettre sur pied, et l'équipe de spécialistes britanniques va s'y employer
          consciencieusement avec le soutien de Samuel Greig et des autorités.

                 Confortablement  rémunéré  par  le  gouvernement  russe,  Gascoigne,  devenu  Karl  Gaskoïn  (Карл
          Гаскойн), s'installe définitivement. En reconnaissance de ses services, Catherine II lui octroie des terres
                  er
          et Paul I , son fils et successeur, l'autorisation de rester à demeure en Russie.

                 Directeur du complexe d'Olonetz jusqu'à son décès en 1806, Gascoigne est remplacé par l'écossais
          Adam  Armstrong.  Au  service  de  Samuel  Greig,  et  familier  de  longue  date  du  fonctionnement  de
          l'entreprise, il reste en poste jusqu'en 1818, subissant la période la plus troublée de l'actualité russe, entre
          une autre guerre avec les Turcs, le blocus de l'Angleterre, une guerre avec la Suède, et pour couronner le
          tout, l'invasion française de 1812.

                 Armstrong et la fonderie Alexandrovski traversent victorieusement l'épreuve, fournissant canons
          et  munitions  en  dépit  de  difficultés  dûes  à  des  équipements  surmenés  et  à  une  pénurie  de  coke.
          L'ingénieur trouve une parade en traitant le bois de pin très abondant pour obtenir la chauffe suffisante.

                 En 1818, c'est Alexandre Andréievitch Foullon, toujours attaché à l'entreprise, qui prend la relève
          jusqu'en 1833. La période est relativement calme. Il passe le relais au fils d'Adam Armstrong, John (Ivan)
          Armstrong,  jusqu'en  1843  où  le  premier  directeur  d'origine  russe  prend  les  commandes,  Nikolay
          Fedorovitch Butenev (Николай Фёдорович Бутенев). Entre 1853 et 1856, pendant la guerre de Crimée,
          Butenev parvient à doubler la production, passant de 840 tonnes à 1 600 tonnes de fonte coulée par an
          pour les canons, et de 1 600 tonnes à 4 200 tonnes pour les munitions. Son mandat prend fin en 1859.

                           e
          Au milieu du XIX  siècle la campagne de Crimée marque un renversement assez surréaliste des alliances.
          L'attitude autocratique du tsar Nicolas I, monté sur le trône en 1825, et surtout ses ambitions territoriales
          affirmées  en  direction  du  sud  deviennent  de  plus  en  plus  gênantes.  En  1853,  la  querelle  sur
          l'administration des Lieux Saints de Jérusalem entre catholiques et orthodoxes dépasse brusquement la
          dimension d'une dispute locale pour devenir une affaire diplomatique majeure. D'ultimatum en ultimatum


          Les Amis du Vieux Marsanne. Bulletin n°37                                                                                                                                             Page | 23
   839   840   841   842   843   844   845   846   847   848   849