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En 1786, Samuel Greig a convaincu Charles
Gascoigne de venir en Russie pour un suivi des
livraisons de canons et pour la remise en route des
équipements de fabrication à Petrozavodsk. Arrivé à
Cronstadt avec une solide équipe d'ouvriers de chez
Carron, il s'attache à moderniser et réorganiser sur le
modèle de la maison mère l'usine Alexandrovsky, ainsi
que la fonderie voisine de Konchezerski. Pendant
plusieurs années il va monter ou rénover avec maîtrise
plusieurs autres fonderies et usines d'armement.
Carronade sur le HMS Victory à Portsmouth
(B. Jenkins, Wikimedia)
Le minerai de fer local n'est pas très riche, mais
Gascoigne met au point des procédés permettant de
l'utiliser au mieux pour la production de fonte des
canons. Paradoxe de ce transfert de technologie, le coke nécessaire aux opérations est importé
d'Angleterre !
Il faut dire que la technique du haut fourneau et de la fonte au coke, dont les britanniques ont alors
la maîtrise, est toute récente. Elle va bientôt supplanter la fonte traditionnelle au charbon de bois, mais la
Russie est encore loin de fournir le combustible nécessaire. Il faut aussi importer l'argile réfractaire, les
briques et divers autres matériaux pour construire les fours.
C'est toute une industrie à mettre sur pied, et l'équipe de spécialistes britanniques va s'y employer
consciencieusement avec le soutien de Samuel Greig et des autorités.
Confortablement rémunéré par le gouvernement russe, Gascoigne, devenu Karl Gaskoïn (Карл
Гаскойн), s'installe définitivement. En reconnaissance de ses services, Catherine II lui octroie des terres
er
et Paul I , son fils et successeur, l'autorisation de rester à demeure en Russie.
Directeur du complexe d'Olonetz jusqu'à son décès en 1806, Gascoigne est remplacé par l'écossais
Adam Armstrong. Au service de Samuel Greig, et familier de longue date du fonctionnement de
l'entreprise, il reste en poste jusqu'en 1818, subissant la période la plus troublée de l'actualité russe, entre
une autre guerre avec les Turcs, le blocus de l'Angleterre, une guerre avec la Suède, et pour couronner le
tout, l'invasion française de 1812.
Armstrong et la fonderie Alexandrovski traversent victorieusement l'épreuve, fournissant canons
et munitions en dépit de difficultés dûes à des équipements surmenés et à une pénurie de coke.
L'ingénieur trouve une parade en traitant le bois de pin très abondant pour obtenir la chauffe suffisante.
En 1818, c'est Alexandre Andréievitch Foullon, toujours attaché à l'entreprise, qui prend la relève
jusqu'en 1833. La période est relativement calme. Il passe le relais au fils d'Adam Armstrong, John (Ivan)
Armstrong, jusqu'en 1843 où le premier directeur d'origine russe prend les commandes, Nikolay
Fedorovitch Butenev (Николай Фёдорович Бутенев). Entre 1853 et 1856, pendant la guerre de Crimée,
Butenev parvient à doubler la production, passant de 840 tonnes à 1 600 tonnes de fonte coulée par an
pour les canons, et de 1 600 tonnes à 4 200 tonnes pour les munitions. Son mandat prend fin en 1859.
e
Au milieu du XIX siècle la campagne de Crimée marque un renversement assez surréaliste des alliances.
L'attitude autocratique du tsar Nicolas I, monté sur le trône en 1825, et surtout ses ambitions territoriales
affirmées en direction du sud deviennent de plus en plus gênantes. En 1853, la querelle sur
l'administration des Lieux Saints de Jérusalem entre catholiques et orthodoxes dépasse brusquement la
dimension d'une dispute locale pour devenir une affaire diplomatique majeure. D'ultimatum en ultimatum
Les Amis du Vieux Marsanne. Bulletin n°37 Page | 23

