Page 814 - Tous les bulletins de l'association des" Amis du Vieux Marsanne"
P. 814
Bien d'autres observations ont été réalisées au cours du siècle, mais surtout au télescope, les objets
célestes ne s'approchant pas suffisamment de la Terre pour être visibles à l'oeil nu, à part la fidèle comète
de Halley en 1753.
Si toutes ces manifestations, souvent impressionnantes et inquiétantes pour le commun des mortels,
sont parfaitement inoffensives, il n'en va pas de même pour l'épais brouillard qui va envahir le ciel de
l'Europe à la fin du mois de mai de 1783. Persistant pendant tout le mois de juin, jusqu'à la mi-juillet, il est
largement commenté par les témoins.
Aux Tourettes, le curé note dans le registre de baptêmes : "[...] le peuple était effrayé, croyant que
cela annonçait quelque malheur ; les personnes instruites ne savaient à quoi attribuer ce phénomène [...].
Cette fumée était si épaisse que l'on ne voyait pas à cent pas devant soi [...]".
Le valentinois Michel Forest écrit dans son journal : "Brouillard, fumée ou poussière était répandu
sur toute la surface de la terre [...]. On resta plus d'un mois sans découvrir la montagne du matin, ni celle
de Crussol. On ne voyait pas à deux cents pas devant soi, et l'orage et les grands vents qui furent fréquents
ne purent jamais dissiper ce brouillard, que le soleil ne perçait que faiblement."
A Salon-de-Provence, le chevalier de Lamanon, correspondant de l'Académie des Sciences, n'hésite
pas à parcourir la région pour étudier le phénomène et en rendre compte :"[...] Presque tous ceux qui ont
parlé du brouillard ont dit qu'il était bas. Cependant je l'ai vu au-dessus de moi, étant sur le mont Ventoux
[...] La partie la plus basse du brouillard était la plus épaisse et la plus sèche; je m'en suis assuré en allant
des bords de la mer jusqu'au sommet des plus hautes montagnes."
Nombre d'hypothèses sont émises. Dès le 7 août 1783, le naturaliste Jean-Antoine Mourgue de
Montredon émet l'idée qu'il y a un lien avec l'éruption toute récente du volcan Laki, en Islande, déjà
connue de la communauté scientifique. Mais sa communication à l'Académie royale de Montpellier reste
sans effet. Il faut attendre le XXe siècle pour que la volcanologie s'émancipe et que les progrès de
l'instrumentation démontrent le lien entre le brouillard de 1783 et l'éruption en Islande du volcan Laki.
Le panache sulfureux émis perturbera profondément le climat du nord de l'Europe pendant
plusieurs années.
ET SOUDAIN L'AURORE...
Dans cet éventail météorologique à travers les âges déployé par Marius Villard et ses "honorables
correspondants", il restait une surprise à découvrir : la liste fournie d'apparitions d'aurores boréales sous
e
e
nos cieux méridionaux entre le 15 et le 18 siècles.
En 1465, c'est à Paris que se manifeste le phénomène. Pour le sud-est, c'est en 1580 qu'Eustache
Piedmont note pour la nuit du 10 septembre, à Valence, "des feux forts grands en l'air, près et alentour de
la ville, tant du costé du levant que du couchant (...)." Même chose le 6 mars 1682 à Valence et St-
Antoine-L'abbaye, avec "des feux épouvantables dans
l'air".
En 1587, le 18 juillet, une grande rougeur la nuit
ôtait même la clarté de la lune. En revanche, en 1591,
l'apparition dure trois jours du 10 au 12 septembre et se
déploie, sous les yeux admiratifs d'Eustache : "[...] du costé
du Levant, sur les montagnes dessus Grenoble, fust veue
grande lueur et rougeur au ciel en plusieurs rayons, chose
admirable et fort espouvantable."
On change de siècle et, en 1603, à nouveau à St-
Antoine avec E. Piedmont, et sans doute aussi à Valence, le Gravure d'aurore boréale, 1880
6 septembre : "fust veue de nuit un signe au ciel, comme feu AKG, coll. Jouffroy
ou réverbération du costé bise, épouvantable; au milieu
d'une grande clairté et entre les deux feux apparoissoit en l'air comme des lances blanches et rouges,
chose admirable".
Les Amis du Vieux Marsanne. Bulletin n°36 Page | 37

