Page 790 - Tous les bulletins de l'association des" Amis du Vieux Marsanne"
P. 790
Églises et chrétienté
Ainsi à la fin de l’Empire romain, à partir du quatrième siècle de notre ère, l’organisation des
structures administratives prend appui sur le réseau de la nouvelle religion chrétienne, favorisé par
décision impériale. Aux siècles suivants, l’histoire politique continue à être influencée par la pensée
chrétienne (songeons par exemple au baptême de Clovis). S’il est difficile d’en mesurer l’impact sur le
quotidien des populations, les plus anciens textes de notre région, dès le dixième siècle, montrent
l’importance du pouvoir temporel des évêques.
L’importance de la religion chrétienne se mesure aussi par le nombre des églises – la cathédrale
occupant le sommet de la hiérarchie des lieux de cultes chrétiens – que l’on peut évaluer en croisant les
données archéologiques et l’étude des textes. Certaines églises ont entièrement disparu et des noms de
lieux, les hagiotoponymes, en conservent le souvenir, par exemple, à Saint-Laurent de Meyras, ou à Saint-
Genis, entre La Laupie et Sauzet.
Aucune n’a été vraiment étudiée dans la Valdaine, les fouilles archéologiques étant toujours
complexes à mener à l’intérieur d’édifices encore en usage, comme il en a été le cas lors des
réaménagements du sol de la cathédrale romane de Saint-Paul-Trois-Châteaux, il y a une vingtaine
d’années. On a pu y repérer les vestiges d’une nef antérieure, alors qu’on sait que l’évêque Paul (qui a
donné son nom à la ville) fut enterré dans une basilique encore plus ancienne.
On peut néanmoins étudier les modifications des bâtiments encore en élévation aujourd’hui. Pour
des raisons culturelles et pratiques, les églises ou chapelles de la Valdaine ont généralement conservé une
forme architecturale attribuée au style « roman » : arcs en demi-cercle, c’est-à-dire en plein cintre, et
voûtes de même forme, en berceau longitudinal. Leur origine remonte à une vaste campagne de
reconstruction qui s’étend sur l’ensemble du douzième siècle et déborde sur le siècle suivant.
Leur description se trouve dans les volumes de la collection Zodiaque, Provence Romane et
Dauphiné Roman, rédigés respectivement par Jean-Maurice Rouquette et par Guy Barruol, telles la
chapelle Barbara à Allan, Aleyrac, Cléon-d’Andran, Charols, la chapelle du château de Montélimar,
Puygiron, Savasse, Saint-Marcel-les-Sauzet…
De cette période date assurément un bon nombre d’édifices, le plus important étant l’abbatiale de
Saint-Marcel-les-Sauzet, dont le chœur conserve de superbes peintures murales.
Quelques vestiges architecturaux appartiennent au style dit gothique, caractérisé par l’ogive, un
système complexe de couverture des volumes, qui se répand dans la vallée du Rhône plus d’un siècle après
son emploi systématique en Île-de-France. Ces dentelles de pierre sont encore bien conservées dans le
choeur de la cathédrale de Viviers, reconstruit à la fin du quinzième siècle, juste avant qu’apparaissent les
formes de la Renaissance italienne avec, par exemple, le clocher de la collégiale Sainte-Croix de
Montélimar.
Cependant, lorsqu’on dut construire des voûtes au dix-septième siècle, au moment de la contre-
Réforme, il fut plus simple de remonter des voûtes en plein cintre plutôt que de sculpter des pierres au
profil complexe. On en voit un bel exemple avec la chapelle du château de La Batie-Rolland : une voûte en
plein cintre recoupe hardiment un départ de voûte d’ogives. C’est ainsi que beaucoup d’édifices dits
« romans » datent de l’époque Moderne.
Les Amis du Vieux Marsanne. Bulletin n°36 Page | 13

