Page 937 - Tous les bulletins de l'association des" Amis du Vieux Marsanne"
P. 937
Flânerie impromptue entre champagne et lacrima christi
Le soleil marsannais incite à la promenade, et les buts de flânerie ne
manquent pas autour du village. Ainsi prend-on innocemment la direction de
Fresneau, grâce à un panneau posé au pied de la rue... mais, au fait, quelle rue
? Le regard se lève, cherche une indication dans la panoplie des indicateurs
routiers, sans résultat, puis se tourne de l'autre côté et... ouf ! Une élégante
plaque répond à la question :
On est rassuré, mais une nouvelle question surgit : qui est ce Bailliencourt ? Un des héros du
passé, compagnon des Coursas, du Poët, Adhémar de Monteil ? Ou bien un héros marsannais oublié, mais
ce nom de famille ne dit rien dans l'histoire locale. La curiosité l'emporte sur la promenade, il faut savoir !
Les rares passants, marsannais ou pas, avouent leur ignorance. Vite, à la bibliothèque municipale toute
proche. Les bulletins de l'association d'histoire locale nous donnent la clé dans la livraison de 2012.
Issu d'une grande et foisonnante famille du Nord, principalement représentée par des industriels du
textile, des magistrats, des édiles, mais aussi des militaires, Jérôme Benoît Philogène de Bailliencourt dit
Courcol naît en 1808 à Béthune. Reçu à Saint-Cyr en 1827, il sera brièvement le gardien du futur
Napoléon III en " résidence " au fort de Ham, juste avant son évasion, et poursuit une carrière qui le
e
trouve à Rome en 1852, colonel à la tête du 40 Régiment d'infanterie de ligne de l'armée d'occupation de
l'Italie.
En 1854, il sera l'interlocuteur naturel du général Charles Bernardin de Montluisant pour
intercéder auprès du Pape Pie IX et obtenir, à la fois le couronnement de Notre-Dame de Fresneau, et la
bénédiction de la couronne offerte par la noble famille. Son intervention est décisive dans l'action de M.
de Montluisant en faveur du pèlerinage marial. Le 8 septembre 1855, une cérémonie imposante à
Fresneau, dans la toute nouvelle église, célèbre le couronnement solennel de la statue de la Vierge à
laquelle est attachée l'indulgence de la Portioncule, et la victoire de Sébastopol.
Fin diplomate auprès du Saint-Siège pendant une période délicate, Jérôme de Bailliencourt est
promu général et quitte l'Italie en 1859. Après plusieurs commandements, il est élevé au grade de général
de division et rejoint une nouvelle affectation à Grenoble en 1869, mais il s'éteint brusquement la même
année.
Et l'histoire pourrait s'arrêter là, si une connaissance ne nous avait
signalé un " de Bailliencourt " en Champagne à la même époque. Perplexité
! Heureusement de brillants généalogistes nous mettent sur la piste de
Ferdinand Émile Rodolphe Joseph de Bailliencourt, arrière petit-cousin de
Jérôme, né en 1856.
Originaire de Douai, il s'est éloigné brièvement du Nord pour
épouser à Reims, le 17 février 1882, Émilie Marie Gabrielle Heidsieck. Les
oreilles sifflent. Et si...? Eh bien, oui, la jeune mariée est bien la fille de Charles Camille Heidsieck
Charles Camille Heidsieck, d'abord négociant en vins, puis fondateur en 1822-1893
1851 de la prestigieuse maison de champagne " Charles Heidsieck ".
On imaginerait que Ferdinand se serait laissé tenter par le charme de la Montagne de Reims, mais
point du tout. Il a sagement ramené son épouse à Douai où l'attendait l'entreprise familiale de filature,
mais sans doute a-t-il tout même inclus dans les bagages quelques bouteilles pétillantes !
En attendant, on aimerait en savoir un peu plus sur la belle-famille et on retourne dans les arbres
généalogiques aimablement mis à disposition sur internet par les passionnés, en particulier celui d'Hubert
Walbaum, un descendant méticuleux et fiable.
Les Amis du Vieux Marsanne. Bulletin n°39 Page | 36

