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Maucourt le 8 Janvier
          Cher Elie,

                 Il  faut  que je  t'écrive  un  peu  toi  aussi  pour te  distraire,  car  tu  ne  dois  guère  avoir  de  distractions  dans
          Marsanne. Il est vrai que si tu peux sortir un peu te promener ça va encore, mais va, la santé te reviendra et tu
          pourras comme par le passé reprendre ton travail. Si tu savais aussi ce que tu aurais enduré si tu étais parti, il est
          certain que tu aurais fait comme tout le monde, et il est vrai aussi que, comme artilleur tu n'aurais pas été dans les
          tranchées, car l'artillerie est en arrière de nous.

                 Mais, dans les tranchées, il faut voir de la manière que l'on est bien, il ne fait que pleuvoir, tu es toujours
          dégueulasse, plein de boue, parfois tu marches dans l'eau jusqu'aux genoux. La nuit, tu ne reposes guère, il faut
          souvent être le nez au créneau pour ne pas être surpris par l'ennemi. Comme abri on fait ce que nous appelons des
          caves, des tunnels où ça te sert de chambre à coucher, mais quand tu dors, tu es souvent réveillé par le froid, car on
          n'a pas toujours les effets bien secs.

                 Aussi, comme l'on dit, nous commençons à en avoir marre, surtout en ce moment. Nous sommes dans des
          tranchées qui ne sont pas du tout agréables. Si tu voyais le coup d'oeil ! Devant nous, il y a environ 300 cadavres
          allemands étendus, et impossible de pouvoir les enterrer, car nos tranchées ne sont pas éloignées des leurs et la
          moindre des choses que tu aperçoives chez eux qui bouge, l'on fait feu, et il y a plus d'un mois qu'ils y sont.

                 C'est dans une attaque qu'ils avaient tenté de faire, mais ils ont mal été reçus, avant qu'ils aient eu le temps
          de se désengager de nos fils de fer, ils ont été tous fusillés. Pense quand il y a des mitrailleuses qui crachent, car
          c'est tout près, et l'on veille jour et nuit, et lorsque l'on veut la protection de l'artillerie, un coup de téléphone et de
          suite, en veux-tu, en-voilà, des obus. Alors, tu parles d'un tableau quand les projections lumineuses éclairent, si
          c'est un beau tableau.

                  Il est vrai que si, un jour, on nous fait faire de l'avant pour les chasser de notre territoire, ce sera aussi
          moche pour nous car, souvent, la nuit, il se fait des attaques, mais personne ne sort des tranchées. C'est ce que l'on
          appelle les "fausses attaques". Eh bien là, on se fait une idée en pensant que s'il fallait sortir pour faire de l'avant,
          lorsque tu entends siffler toutes ces balles, eh bien ce serait extraordinaire de ne pas être touché. Quoique tu fasses
          un bond de dix mètres pour vite te coucher, et repartir de nouveau, avant qu'une compagnie soit à leur tranchée, il y
          aurait des morts et des blessés.

                 Le prétendu de Clémence doit en savoir quelque chose, lui, pour avoir été blessé trois fois dans le même
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          combat. Encore dernièrement j'en ai vu l'expérience. Le 140  de ligne occupe une tranchée près des nôtres, et il est
          impossible que ce soit aux boches et à nous de pouvoir conserver ces positions. Aussi, que de victimes qu'il se fait.
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          Il y a eu, du 140 , 200 hommes hors de combat, mais quoique ça nous les avons, mais il faut remarquer ce que ça
          coûte pour prendre ça.

                 Et le gendre de M. Soullier, on sait quelque chose ? Je n'aurais pas voulu être de sa compagnie le jour de la
          Toussaint.  Il  est  vrai  que  nous  étions  bien  exposés  aussi,  c'était  effrayant  ce  qu’ils  nous  ont  envoyé  sur  nos
          tranchées. Leurs shraphnells et leurs gros obus. Nous avons eu des victimes, mais nous avons toujours maintenu
          une fusillade bien nourrie et ils n'ont pas tenté de faire de l'avant, car ça aurait chié pour leur pomme.

                 Enfin, je m'arrête de faire mon récit. Avec toi, je peux parler. Bien entendu, que je ne ferais pas un récit de
          la guerre à la mère Canon, car je ne voudrais pas la mettre au désespoir. Aussi, quand j'écris, ce n'est que pour dire
          des bêtises pour les faire rire un peu. Mais avec toi, je vais franchement, car je sais que tu es un homme et que tu
          sais apprécier ce que c'est que la guerre. Enfin, pourvu que l'on puisse s'en tirer et que nous ne soyons pas atteints
          des douleurs, on pourra s'estimer heureux.
          Je termine mon petit journal que je fais pour te distraire. Je t'embrasse
          Gabriel
          Fais une caresse au petit Charlot et à Daniel





          Les Amis du Vieux Marsanne. Bulletin n°37                                                                                                                                             Page | 34
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