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FRESNEAU, GRAND TEMOIN DES TEMPS DE GUERRE

                                           Fauchard, Couteau, Rempart, Echelles...

        Bien campé sur son rocher, protégé par des remparts intacts, jamais à court d'eau grâce à de nombreuses
        sources intra muros, le bourg de Marsanne et son château dominent sereinement la plaine de la Valdaine
        depuis  le  Moyen-Age  lorsque  la  calamité  des  guerres  de  religion  s'abat  sur  la  région.  Pendant  une
        quarantaine d'années, entre 1572 et 1598, les luttes fratricides entre huguenots et catholiques, vont diviser les
        familles et ruiner les campagnes.

        Bizarrement,  Marsanne  échappe  à  de  grands  ravages,  les  habitants  ne  souffrant  durement  que  des
        contributions imposées par les troupes de l'un ou l'autre bord selon leurs mouvements dans la région. Dans
        les années 1580, le seigneur catholique du lieu est Louis d'Eurre d'Oncieu, héritier de Louis Adhémar de
        Monteil  de  Grignan,  mort  sans  postérité  directe.  L'ennemi  est  personnifié  par  François  de  Bonne  de
        Lesdiguières, brilliant stratège à la tête des troupes protestantes en Dauphiné et dans toute la région.

        En 1588, la place de Marsanne est commandée pour le Roi par un M. de Barcelonne. C'est alors que surgit la
        menace. L'écuyer Noël de Coursas, qui avait déjà été chargé de la défense du village en 1576 et qui se trouve
        en poste à Crest, alerte vivement son homologue par un courrier du 16 décembre 1588 sur l'approche d'une
        troupe ennemie. Joignant le geste à la parole, il accourt dans l'heure pour aider les Marsannais à renforcer
        leurs murs, combler les brèches et creuser des fossés pour protéger les points faibles des accès. Stimulant,
        encourageant, il se dépense sans compter et galvanise les défenseurs.
        Lesdiguières, qui note l'épisode dans son journal, dirige le siège à partir du 29 décembre. Assauts, coups de
        canon se succèdent en vain jusqu'au 4 janvier de 1589. Marsanne tient bon. N'ayant pu venir à bout de la
        résistance de la vaillante population, Lesdiguières et sa troupe se retirent et le siège sera finalement levé.
        Avoir tenu tête à l'un des meilleurs généraux de l'époque n'est pas un mince exploit. La tradition veut que
        Noël  de  Coursas  ait  lui-même  neutralisé  une  attaque  sur  les  remparts  en  repoussant  les  échelles  des
        assaillants, dans la nuit du 30 au 31 décembre 1588, réduisant à néant l'attaque surprise.

        D'un courage exemplaire, il utilisait couramment un "couteau de brèche", sorte de lame de faux allongée
        fixée  sur  une  hampe  ferrée,  à  bord  extérieur  tranchant  et  non  intérieur,  comme  le  "fauchard"  auquel  on
        l'assimile faussement depuis bien longtemps.

        Les temps de paix revenus, la tradition veut qu'il ait voulu remercier laVierge de sa protection en déposant
        lui-même, en 1605, l'arme en ex voto dans la petite chapelle de Fresneau, reconstruite et rebaptisée Notre-
        Dame du Bon Secours, le jour de l'inauguration. Un temps caché pendant la Révolution, le "fauchard" y est
        resté exposé en souvenir du glorieux défenseur jusque dans les années 2000.












        Photo : Amis du Vieux Marsanne
        Sources:
        Lacroix, André, Arrondissement de Montélimar: géographie, histoire et statistique, vol V et VI, 1877
        Archives particulières


        Les Amis du Vieux Marsanne. Bulletin n°35                                                         Page | 40
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