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souffler. Au bout de journées excédant douze heures, les corps sont rompus, ces corps
d'adolescentes qui mériteraient plus de douceur."
La vie en internat, très austère, est fortement marquée par la religion ; des religieuses encadrent
souvent les internes. Plusieurs ouvrages nomment ces internats "les couvents soyeux". Il est
intéressant de noter que la devise inscrite à l'entrée de l'un de ces couvents soyeux de l'Ain était :
"Cherchez d'abord le royaume de Dieu et sa justice. Le reste vous sera donné de surcroît".
L'extrait suivant est aussi très significatif de l'état d'esprit de l'époque :
"Comme toujours, lorsqu'il s'agit de femmes et de jeunes filles, la morale et le sexe hantent les
discours et dictent les pratiques. Dans un rapport de 1869 présenté à la Société de protection des
apprentis et des enfants employés dans les manufactures, FM invoque la nécessité d'une
vigilance particulière pour les jeunes filles : il faut un œil toujours ouvert sur elles et faire de
l'atelier lui-même un moyen d'éducation morale et une école d'instruction et de piété aussi bien
que de travail. (...) Les jeunes filles y contractent des habitudes d'ordre et de propreté qu'elles
reportent dans leurs familles, et qui forment un frappant contraste avec celles qui règnent encore
d'une manière trop générale dans la contrée."
Cet autre extrait nous montre l'omniprésence de l'église dans ces ateliers :
"Une chapelle est incorporée à l'établissement. Elle manifeste l'alliance de l'usine et de l'autel.
Un aumônier y dispense en vue de la première communion, une instruction religieuse. (...)
Pourtant, à l'internat les prières sont obligatoires matin et soir, voire dans certains ateliers
qu'ornent une statue de la Vierge."
Mais tout cela ne doit pas nous faire oublier que les conditions de vie étaient bien rudes.
"Les dortoirs sont exigus, mal aérés, sales, dépourvus de cabinets convenables. Dans les lits de
fer alignés en rangées serrées, les ouvrières couchent souvent à deux. On ne change les draps
que deux fois par an, et encore depuis peu. Pendant la belle saison, les ouvrières tâchaient de les
laver elles-mêmes, car il y avait des monceaux d'insectes qui grouillaient là, les dortoirs étant
sous les toits avec de petites lucarnes pour toute lumière. (...) aucune intimité ; une promiscuité
propice au dévergondage, et plus sûrement aux épidémies et notamment à la tuberculose."
"A l'atelier, les journées commencent tôt (vers 6 h) et se terminent vers 19 heures, soit douze à
treize heures de présence, rythmées par des pauses strictes pour les repas. La soupe et le plat du
jour servis par les religieuses comportent rarement de la viande."
"Les ateliers sont mal ventilés ; les poussières de soie irritent les bronches. L'hygiène est
médiocre et les cabinets d'aisance minables. Boire de l'eau présente des risques de typhoïde."
Pour améliorer leur alimentation, les ouvrières ne peuvent compter que sur les provisions qu'elles
ramènent chaque semaine de la ferme familiale.
"Les filles de paysan du coin rentrent, elles, chaque semaine, souvent le samedi après-midi ; elles
en reviennent le dimanche soir ou le lundi matin, chargées de provisions qui adoucissent la
frugalité ordinaire."

