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LES FILEUSES
Comme de nombreux Marsannais, il m'arrive fréquemment de débuter ou terminer mes
promenades en forêt en empruntant le "chemin des fileuses".
A chaque fois j'ai une pensée pour ces femmes, et même très jeunes femmes, qui ont laissé leur
nom à ce chemin.
Ce chemin doit, en effet, son nom aux femmes employées par les filatures de la vallée de
Mirmande qui l'empruntaient tous les dimanche soir pour rejoindre leur lieu de travail, et tous les
samedi soir pour le retour dans leurs foyers de Marsanne et de la plaine. Ces trajets étant
effectués à pieds, et par tous les temps, bien évidemment.
A la grande époque de la soie naturelle, de 1830 environ à 1914, les filatures installées dans la
vallée de Mirmande étaient en effet très demandeuses de main d'œuvre soigneuse et bon marché.
Les jeunes filles, "inutiles dans les exploitations agricoles" occupaient ces emplois jusqu'à leur
mariage et la venue des enfants. Des femmes plus âgées tenaient aussi ces postes pour procurer
un maigre complément de revenu à l'exploitation agricole en difficulté.
J'ai trouvé dans un ouvrage (1) traitant de la condition ouvrière de la soie dans le Dauphiné durant
cette période, des informations que l'on peut facilement extrapoler aux conditions de vie de nos
fileuses.
Ne pouvant trouver suffisamment de main d'œuvre, les usines employaient des femmes qu'elles
logeaient sur place. C'est le système de l'internat.
Les jeunes filles débutent leur apprentissage souvent dès l'âge de 12 ans, le contrat est signé entre
les parents et l'employeur. Le montant de la pension est retenu sur le maigre salaire. Les journées
de travail durent 12 heures, et seul le dimanche est chômé. De l'ouvrage cité ci-dessus, il me
semble que ces extraits correspondent aux conditions de vie de nos fileuses.
"Je suis entrée comme apprentie (...) au commencement de 1883. J'avais alors douze ans."
"L'apprentissage étaient plus disciplinaire que vraiment technique. Il s'agissait de former à la
ponctualité, à la rigueur des horaires. ... Rapidement productives, les apprenties sont néanmoins
peu ou pas payées ; pour un oui, pour un non, des amendes réduisent les gages convenus en
principe avec les familles."
S'agissant toujours de la même jeune fille :
"En 1888, elle est embauchée chez Duplan, à dix-sept ans. Le temps de son adolescence. Emilie
sa mère travaillait dans la même usine et l'embauche de Lucie fut ainsi facilitée. Cela coulait de
source. C'était une pratique courante, une forme de transmission de mère à fille, qu'en
l'occurrence vingt ans seulement séparaient."
En ce qui concerne les conditions de travail :
"Les gestes sont simples, monotones...(...) Ce qui demande une position une posture debout, un
piétinement constant et une tension soutenue, fatigants pour le dos et les yeux et usants pour les
mains... (...) Dans le mouvement incessant et le bruit assourdissant des machines, impossible de

