Page 464 - Tous les bulletins de l'association des" Amis du Vieux Marsanne"
P. 464

LES FILEUSES


            Comme  de  nombreux  Marsannais,  il  m'arrive  fréquemment  de  débuter  ou  terminer  mes
            promenades en forêt en empruntant le "chemin des fileuses".

            A chaque fois j'ai une pensée pour ces femmes, et même très jeunes femmes, qui ont laissé leur
            nom à ce chemin.

            Ce  chemin  doit,  en  effet,  son  nom  aux  femmes  employées  par  les  filatures  de  la  vallée  de
            Mirmande qui l'empruntaient tous les dimanche soir pour rejoindre leur lieu de travail, et tous les
            samedi  soir  pour  le  retour  dans  leurs  foyers  de  Marsanne  et  de  la  plaine.  Ces  trajets  étant
            effectués à pieds, et par tous les temps, bien évidemment.

            A la grande époque de la soie naturelle, de 1830 environ à 1914, les filatures installées dans la
            vallée de Mirmande étaient en effet très demandeuses de main d'œuvre soigneuse et bon marché.

            Les jeunes filles, "inutiles dans les exploitations agricoles" occupaient ces emplois jusqu'à leur
            mariage et la venue des enfants. Des femmes plus âgées tenaient aussi ces postes pour procurer
            un maigre complément de revenu à l'exploitation agricole en difficulté.

            J'ai trouvé dans un ouvrage (1) traitant de la condition ouvrière de la soie dans le Dauphiné durant
            cette période, des informations que l'on peut facilement extrapoler aux conditions de vie de nos
            fileuses.

            Ne pouvant trouver suffisamment de main d'œuvre, les usines employaient des femmes qu'elles
            logeaient sur place. C'est le système de l'internat.

            Les jeunes filles débutent leur apprentissage souvent dès l'âge de 12 ans, le contrat est signé entre
            les parents et l'employeur. Le montant de la pension est retenu sur le maigre salaire. Les journées
            de  travail  durent  12  heures,  et  seul  le  dimanche  est  chômé.  De  l'ouvrage  cité  ci-dessus,  il  me
            semble que ces extraits correspondent aux conditions de vie de nos fileuses.

            "Je suis entrée comme apprentie (...) au commencement de 1883. J'avais alors douze ans."

            "L'apprentissage étaient plus disciplinaire que vraiment technique. Il s'agissait de former à la
            ponctualité, à la rigueur des horaires. ... Rapidement productives, les apprenties sont néanmoins
            peu ou pas payées ; pour un oui, pour un non, des amendes réduisent  les gages convenus en
            principe avec les familles."

            S'agissant toujours de la même jeune fille :

            "En 1888, elle est embauchée chez Duplan, à dix-sept ans. Le temps de son adolescence. Emilie
            sa mère travaillait dans la même usine et l'embauche de Lucie fut ainsi facilitée. Cela coulait de
            source.  C'était  une  pratique  courante,  une  forme  de  transmission  de  mère  à  fille,  qu'en
            l'occurrence vingt ans seulement séparaient."

            En ce qui concerne les conditions de travail :

            "Les gestes sont simples, monotones...(...) Ce qui demande une position une posture debout, un
            piétinement constant et une tension soutenue, fatigants pour le dos et les yeux et usants pour les
            mains... (...) Dans le mouvement incessant et le bruit assourdissant des machines, impossible de
   459   460   461   462   463   464   465   466   467   468   469