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LA CUEILLETTE DU MUGUET EN FORET DE MARSANNE


            Il faudra attendre le début du XXe siècle pour que la mode d'offrir du muguet soit relancée (Le
            roi Charles IX avait essayé sans succès). Les horticulteurs se lancèrent alors dans sa culture.
            En 1947, la fête du Travail créée en 1899 fut décrétée journée fériée, et le muguet en devint son
            emblème.

            La  cueillette  du  muguet  dans  les  bois  pour  la  revente  était  encore  autorisée  en  1947,  et  les
            horticulteurs  ne  fournissaient  pas  tout  le  marché.  La  cueillette  du  muguet  était  un  revenu
            supplémentaire pour les gens de notre village, puisque nous avons la chance d'avoir beaucoup de
            muguet dans les bois communaux.

            Jeanne se souvient de ce temps, et elle a bien voulu me raconter comment cela se passait.

            Un marchand achetait ce muguet aux cueilleurs. Ces derniers s'y prenaient huit jours à l'avance.
            Ils partaient à pied, vers 3h30 du matin, par le chemin des Fileuses et y restaient toute la journée.
            Ils emmenaient le casse-croûte et les cagettes pour y mettre le muguet. Ils étaient chaussés de leur
            "savate", point de  chaussure de marche confortable sans lesquelles nous serions incapables de
            monter dans la forêt. Les femmes ne portaient pas encore le pantalon.
            La  cueillette  se  faisait  à  des  endroits  différents.  Quand  une  place  était  ramassée,  la  cagette
            remplie était cachée à l'ombre et ils allaient plus loin. Les bouquets devaient comporter 100 brins
            à la demande des marchands. Ils étaient payés au bouquet.

            Le soir venu, tout le monde déposait son muguet à l'Hôtel de France (actuellement "l'Atelier").
            Les bouquets étaient mis sur de la toile de jute avec, dessus, du charbon, et dans une pièce noire.
                                                                                               er
            Cela empêchait le muguet de s'ouvrir. Le marchand venait les chercher juste avant le 1  Mai.

            Jeanne raconte qu'une femme d'Avignon venait tous les ans, elle avait dix enfants à nourrir et cela
            l'aidait beaucoup. Par contre, elle ne travaillait pas pour les marchands, elle le vendait elle-même.

            Puis un jour, la cueillette pour la vente fut interdite en forêt. Mais nos cueilleurs continuèrent
            quelques années en jouant à cache-cache avec les gardes-forestiers. Certains plus complaisants
            que d'autres, les complaisants fermant les yeux pour les gens du village, aussi Jeanne invitait la
            dame d'Avignon à dire qu'elles étaient ensemble.

            Entre l'interdiction de ramasser le muguet en forêt pour la vente (ce qui est toujours en vigueur) et
            le développement des serres, ce travail se perdit.
            Mais, Jeanne ajoute que rien ne vaut le parfum du muguet des bois.
            Jeanne aura 94 ans dans l'été, elle ne peut plus aller en forêt depuis plusieurs années, nous lui
            portons toujours quelques brins, maintenant, à la Résidence des Coteaux de Marsanne. Sa vue a
            bien baissé, mais elle peut en apprécier l'odeur. Et notre agent ONF actuel (ce que Jeanne appelait
            garde-forestier) lui apporte, lui aussi, tous les ans, un bouquet de notre forêt.

            Marie Paule MOMBET

            Propos recueillis il y a quelques
            année, mais déjà Jeanne ne se souvenait
            plus des quantités ramassées (nombres de bouquets)
            ni de ce que cela leur rapportait.
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