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LES FILEUSES


                 En projet depuis longtemps, nous avons enfin rendu un hommage à ces courageuses femmes par
                 la mise en place de ces panneaux. Voici le texte lu lors de l’inauguration.


                 Chers amis,

                 Nous vous avons conviés à rejoindre la boucle mythique du Fer à Cheval, non pas pour admirer le
                 glorieux panorama de la Valdaine, ni pour saluer le souvenir d'intrépides motocyclistes, ni même
                 pour évoquer le passage parfois périlleux des charrois d'antan. Nous souhaitons aujourd'hui rendre
                 hommage  à  une  foule  discrète  de  jeunes  voyageuses  qui,  années  après  années,  ont  emprunté  le
                 chemin longtemps oublié dans la forêt, à partir du petit pont pour rejoindre Mirmande, 11 km plus
                 loin.
                 Ce raccourci un peu abrupt rejoint la route à la hauteur du col de la Grande Limite. C'est presque la
                 moitié du parcours. Il reste encore une bonne heure de descente pour rallier le village voisin. Et nos
                 vaillantes marcheuses n'étaient pas toutes rendues à destination au pied de la pente.

                 C'était il y a maintenant deux siècles, entre 1800 et 1900. Encouragée par Napoléon après l'éclipse
                 révolutionnaire,  la  sériciculture  se  ranime  dès  1802  dans  la  vallée  du  Rhône  et  prend  un  essor
                 rapide,  stimulant  du  même  coup  l'implantation  de  filatures  et  de  moulinages  du  fil  de  soie.  Ces
                 activités sont grandes consommatrices d'eau pour toutes les opérations de traitement des cocons et
                 des fils.
                 Avec  deux  cours  d'eau,  le  Tierceron  et  la  Teysonne,  Mirmande  est  idéalement  placé.  Plusieurs
                 établissements cohabiteront, mais on retient surtout la Filature du Foulon, active depuis le XVIIe
                 siècle, la filature de Sainte Lucie et celle de la société "La Soie", au quartier de la Coucourdière.

                 La manipulation des fils, en particulier au moulinage, exige une main d'œuvre abondante, surtout
                                                        e
                 féminine  ou  enfantine.  Au  début  du  19   siècle,  les  familles  rurales  sont  encore  nombreuses.  La
                 sériciculture  de  plus  en  plus  pratiquée  comme  activité  complémentaire  saisonnière  demande
                 beaucoup  de  présence  et  mobilise  plusieurs  personnes  pendant  un  mois  pour  mener  à  bien
                 l'éducation  des  vers.  Pour  le  reste  de  l'année,  les  jeunes  filles  peuvent  contribuer  à  l'économie
                 familiale en se faisant engager dans les filatures voisines, en l'occurrence celles de Mirmande.

                 Ce sont nos "fileuses", lancées dès 10 ou 12 ans sur le chemin auquel elles ont laissé leur nom. Le
                 travail est dur, les journées sont très longues, de 10 à 12 heures, entre 4 heures du matin et 20h,
                 avec quelques courtes pauses. Selon les entreprises, les ouvrières sont logées sur place. Nous ne
                 savons pas si c'était le cas des jeunes marsannaises.

                 Il  faut  un  peu  plus  de  2  heures  pour  rallier  à  pied  l'entrée  de  Mirmande  à  partir  du  village  de
                 Marsanne, mais sans doute plus de 3 heures lorsqu'on monte des fermes de la Plaine. Un trajet aller
                 et retour difficilement concevable au quotidien en plus des horaires de travail. D'où la probabilité
                 d'un hébergement sur place.

                 Combien de temps ces périples ont-ils duré? Sans doute une trentaine d'années dans la première
                                            e
                 moitié très florissante du 19  siècle. Et puis, vers 1853, c'est l'irruption dramatique de la maladie des
                 vers à soie, la pébrine. Conjuguée à une autre infection, la flacherie, elle va décimer d'un coup la
                 production de cocons.




        Les Amis du Vieux Marsanne. Bulletin n°33                                                           Page 6
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