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Le Pari


          C’était après la guerre de 1870 – 1871, un grand dîner réunissait à Berlin les
          généraux  prussiens  qui  avaient  commandé  un  corps  d’armée  pendant  la
          campagne.
          L’un  de  ces  généraux  avait  épousé  une  Parisienne,  et,  sans  égard  pour  les
          sentiments  français  de  la  pauvre  femme,  il  voulut  brutalement  qu’elle
          assistât à ce dîner. Elle y alla et dut entendre calomnier la France et Paris. Au

          dessert un général but : « A Berlin la capitale intellectuelle du monde ! » N’y
          pouvant plus tenir, la jeune femme leva son verre et dit : « A Paris qui sera
          toujours la capitale du monde ! » Le toast produisit une véritable émotion et
          une discussion s’engagea sur le génie artistique de Paris et de Berlin.
          La jeune femme soutint que Paris l’emportait et l’emporterait toujours sur
          Berlin  et  elle  offrit  de  parier  qu’elle  ferait  transformer  à  Paris  en  objet
          artistique  l’objet  quelconque  qu’on  voudrait  bien  lui  remettre  et  qu’on  ne
          pourrait faire à Berlin.

          Le  pari  fut  tenu.  Le  lendemain  on  apportait  à  la  jeune  femme  un  cheveu
          blanc très court. Le cas était embarrassant. Elle partit aussitôt pour Paris où
          l’un de ses parents se chargea de voir les bijoutiers et de la mettre au courant
          de la situation. Plusieurs se déclarèrent impuissants à transformer ce cheveu
          en objet ayant la moindre valeur, mais l’un d’eux ayant consulté ses ouvriers
          un apprenti dit : « Donnez-moi ça, patron, j’ai une idée. »

          Quelques jours après la Parisienne repartait joyeuse pour Berlin et remettait
          au  général qui avait tenu le pari, un aigle prussien serrant dans son bec un
          cheveu blanc aux extrémités duquel étaient suspendus deux médaillons ; l’un
          représentait  l’Alsace,  l’autre  la  Lorraine  et  sur  ces  médaillons  était  gravée
          l’inscription suivante : « Tu ne nous tiens que par un cheveu ! »




























                                               Collection privée


          Les Amis du Vieux Marsanne. Bulletin n° 32
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