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Si on chantait ?
Certes, la vie était dure, les travaux des champs pénibles, les journées bien longues, mais nos aïeux
savaient se ménager des heures de détente à partager avec la famille ou les voisins. Il y avait, bien sûr, les
grandes occasions qui rythment la vie du baptême au mariage, prétextes à rassembler les proches et les
amis. Et puis, au quotidien, les veillées au coin du feu ou sous les étoiles lorsqu'on tirait la chaise, le soir,
pour prendre le frais. Les commentaires du jour épuisés, il fallait bien trouver matière à se distraire un peu.
C'est à ce moment qu'un secours extérieur bienvenu allait renouveler les conversations : les trésors de la
hotte du colporteur.
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Vieux métier de vente ambulante, le succès du colportage s'impose au 17 siècle et perdure jusqu'à
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la fin du 19 siècle. Occupation temporaire des paysans et journaliers pendant la morte saison à la
campagne, il connaît un grand essor avec le Second Empire. Outre le commerce d'objets de bimbeloterie,
mercerie et autres nouveautés appréciées dans les fermes et villages isolés, il apporte toute une variété de
littérature bon marché à une population qui n'est plus complètement illettrée.
Grâce au colporteur, les romans et histoires, souvent édifiants, de la
Bibliothèque bleue, ou d'autres éditions, assurent la diffusion de la fiction
littéraire. Mais en tête des ventes on trouve surtout l'almanach, source de
référence pour bien des activités, et aussi les recueils de chansons ou les
images, telles celles de l'imprimerie Pellerin à Epinal. Autant de vecteurs
potentiels d'idées subversives.
Le pouvoir s'inquiétant toujours de la diffusion incontrôlée
d'informations défavorables, la profession se voit de plus en plus encadrée.
Dès l'instauration de la Seconde République, en 1848, on impose d'abord le
"timbre bleu" à tamponner sur tous les écrits à vendre, puis, dans la foulée, on crée une "Commission
d'examen des livres du colportage" chargée de valider la diffusion de ces écrits.
Ces mesures contraignantes s'accompagnent de pénalités sévères qui freinent l'activité et l'obligent
à évoluer au cours du Second Empire. Si la littérature vacille, le succès des recueils de chansons ne se
dément pas jusqu'à la fin du siècle. Récits historiques fortement dramatisés, relation de faits divers
sanglants et tragiques trouvent toujours un lectorat intéressé.
Le hasard nous a fait découvrir dans des archives familiales des petits carnets soigneusement
remplis de copies de chansons, au fil des ans, entre 1850 et 1914. La source, certainement les feuillets de
chansons et textes fournis par les colporteurs, tels que ceux retrouvés avec les carnets.
Distribués dans la région, les feuillets sont imprimés localement à Valence, Privas, Le Puy ou
Grenoble, mais des éditions parisiennes sont aussi présentes. En une dizaine de pages tous les thèmes se
côtoient. Les auteurs des textes restent souvent anonymes, à une exception près, ceux du chansonnier
Métay qui sont systématiquement signés. Pour les autres, bien identifiés, ce sont des compositions
originales ou des extraits de vaudevilles à succès à Paris.
Les auteurs rédigent en vers rimés adaptés à un air déjà connu du grand public, ce qui accélère une
large et rapide diffusion des textes. Pour les descendants lointains que nous sommes, la récupération des
musiques d'origine est une tâche ardue, car les "airs" ont souvent été utilisés plusieurs fois.
Grâce à des compilateurs émérites et aux ressources surprenantes d'Internet, on réussit parfois à
réunir avec bonheur texte et musique en image, et même en enregistrement sonore ! Plusieurs sites se sont
consacrés à l'inventaire de titres ou de partitions de tous ces airs oubliés qui illustrent la richesse du
patrimoine de la variété musicale populaire.
Les Amis du Vieux Marsanne. Bulletin n°36 Page | 22

