Page 799 - Tous les bulletins de l'association des" Amis du Vieux Marsanne"
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Si on chantait ?

                 Certes, la vie était dure, les travaux des champs pénibles, les journées bien longues, mais nos aïeux
          savaient se ménager des heures de détente à partager avec la famille ou les voisins. Il y avait, bien sûr, les
          grandes occasions qui rythment la vie du baptême au mariage, prétextes à rassembler les proches et les
          amis. Et puis, au quotidien, les veillées au coin du feu ou sous les étoiles lorsqu'on tirait la chaise, le soir,
          pour prendre le frais. Les commentaires du jour épuisés, il fallait bien trouver matière à se distraire un peu.
          C'est à ce moment qu'un secours extérieur bienvenu allait renouveler les conversations : les trésors de la
          hotte du colporteur.

                                                                                        e
                 Vieux métier de vente ambulante, le succès du colportage s'impose au 17  siècle et perdure jusqu'à
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          la  fin  du  19   siècle.  Occupation  temporaire  des  paysans  et  journaliers  pendant  la  morte  saison  à  la
          campagne, il connaît un grand essor avec le Second Empire. Outre le commerce d'objets de bimbeloterie,
          mercerie et autres nouveautés appréciées dans les fermes et villages isolés, il apporte toute une variété de
          littérature bon marché à une population qui n'est plus complètement illettrée.

                 Grâce au colporteur, les romans et histoires, souvent édifiants, de la
          Bibliothèque bleue, ou d'autres éditions, assurent la diffusion de la fiction
          littéraire. Mais en tête des ventes on trouve surtout l'almanach, source de
          référence  pour  bien  des  activités,  et  aussi  les  recueils  de  chansons  ou  les
          images, telles  celles de  l'imprimerie Pellerin à  Epinal. Autant de vecteurs
          potentiels d'idées subversives.

                 Le  pouvoir  s'inquiétant  toujours  de  la  diffusion  incontrôlée
          d'informations défavorables, la profession se voit de plus en plus encadrée.
          Dès l'instauration de la Seconde République, en 1848, on impose d'abord le
          "timbre bleu" à tamponner sur tous les écrits à vendre, puis, dans la foulée, on crée une  "Commission
          d'examen des livres du colportage" chargée de valider la diffusion de ces écrits.

                 Ces mesures contraignantes s'accompagnent de pénalités sévères qui freinent l'activité et l'obligent
          à évoluer au cours du Second Empire. Si la littérature vacille, le succès des recueils de chansons ne se
          dément  pas  jusqu'à  la  fin  du  siècle.  Récits  historiques  fortement  dramatisés,  relation  de  faits  divers
          sanglants et tragiques trouvent toujours un lectorat intéressé.

                 Le  hasard  nous  a  fait  découvrir  dans  des  archives  familiales  des  petits  carnets  soigneusement
          remplis de copies de chansons, au fil des ans, entre 1850 et 1914. La source, certainement les feuillets de
          chansons et textes fournis par les colporteurs, tels que ceux retrouvés avec les carnets.

                 Distribués  dans  la  région,  les  feuillets  sont  imprimés  localement  à  Valence,  Privas,  Le  Puy  ou
          Grenoble, mais des éditions parisiennes sont aussi présentes. En une dizaine de pages tous les thèmes se
          côtoient.  Les  auteurs  des  textes  restent  souvent  anonymes,  à  une  exception  près,  ceux  du  chansonnier
          Métay  qui  sont  systématiquement  signés.  Pour  les  autres,  bien  identifiés,  ce  sont  des  compositions
          originales ou des extraits de vaudevilles à succès à Paris.

                 Les auteurs rédigent en vers rimés adaptés à un air déjà connu du grand public, ce qui accélère une
          large et rapide diffusion des textes. Pour les descendants lointains que nous sommes, la récupération des
          musiques d'origine est une tâche ardue, car les "airs" ont souvent été utilisés plusieurs fois.
                 Grâce à des compilateurs émérites et aux ressources surprenantes d'Internet, on réussit parfois à
          réunir avec bonheur texte et musique en image, et même en enregistrement sonore ! Plusieurs sites se sont
          consacrés  à  l'inventaire  de  titres  ou  de  partitions  de  tous  ces  airs  oubliés  qui  illustrent  la  richesse  du
          patrimoine de la variété musicale populaire.



          Les Amis du Vieux Marsanne. Bulletin n°36                                                                                                                                              Page | 22
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