Page 713 - Tous les bulletins de l'association des" Amis du Vieux Marsanne"
P. 713

Très vite, les secours viennent aussi des pays alliés. En novembre 1914, Mrs Alfred Partridge Klotz
              crée  à  Londres  le  French  Wounded  Emergency  Fund  (FWEF),  afin  de  fournir  en  matériel  les
              hôpitaux militaires ou bénévoles qui ne dépendent pas du réseau de la Croix Rouge.
              C'est ainsi que plusieurs "ballots" arrivent en petite vitesse du Havre à la gare de Montélimar entre
              1915 et 1916. L'un, daté du 20 juin, apporte 4 paires de béquilles et 6 cannes.
                                                                                                              e
              Plus officiellement, une note du Ministère de la Guerre au directeur du Service de la Santé de la 14
              Région, du 11 juillet 1915, prend acte de la création à Paris de l'œuvre "Le service de distribution
              américaine " par Mrs Bliss, de l'ambassade des Etats-Unis, destinée à "(...) rechercher la meilleure
              répartition des libéralités qu'un grand nombre de personnalités américaines désirent faire en faveur
              des  malades  et  blessés  de  nos  armées.(...)".  Suivent  les  modalités  de  collaboration  avec  les
              médecins-chefs des Formations sanitaires pour distribuer au mieux "les dons mis à la disposition du
              Service".

              Dans  le  même  temps,  d'autres  américaines,  Isabel  Lathrop  et  son  amie  Ann  Morgan,  fille  du
              banquier  J.  P.  Morgan,  fondent  à  Londres  l'American  Fund  for  French  Wounded  (AFFW),  ou
              Comité américain pour les blessés français, qui fournit du matériel aux hôpitaux français et des colis
              aux soldats. Le 7 juin 1916, un avis signé de la main de Mrs Lathrop, directrice de l'antenne de Paris,
              annonce un envoi de plusieurs colis (au verso de la feuille, figure sans doute la liste manuscrite du
              contenu attendu).

              On notera surtout le post-scriptum : "Si vos poilus voulaient bien nous envoyer quelques cartes et
              photographies avec dédicace, ils feraient le plus grand plaisir aux Amis de la France aux Etats-
              Unis. Nous les remercions à l'avance."

              Sans doute les pensionnaires de Fresneau ont-ils répondu de bon coeur. Surtout s'il y en avait encore
              à ce moment-là. En effet, à la fin de 1915, le gouvernement ayant rétabli une meilleure organisation
              des services de santé, nombre de petites ambulances bénévoles vont disparaître et la menace a dû
              planer sur Marsanne si l'on en croit la lettre de Mme de Boissieu, datée du 24 novembre :"(...) Je
              partage  tous  vos  soucis.  Que  ferez-vous  si  l'ambulance  ferme  cet  hiver?  Irez-vous  à  Valence  ?
              Rouvrirez-vous au printemps ?(...)"

              Quoiqu'il en soit, l'afflux de blessés n'étant plus aussi important, nul doute que leur nombre s'est peu
              à peu restreint et qu'ils étaient logés dans l'annexe, comme le suggère ce courrier de Pont-de-Barret
              du 16 février 1916 : "(...) Je vois avec plaisir que vous avez toujours votre prêtre soldat et que vous
              pouvez recevoir dans la Villa (...)."
              Effectivement, dès l'été 1916, les pensionnaires vont pouvoir reprendre progressivement possession
              des lieux.

              COURRIERS RECONNAISSANTS
              Tout au long de l'activité de l'hôpital 145 bis, les courriers des soldats ayant repris leurs forces dans
              l'ambiance sereine et souriante de Fresneau témoignent de leur gratitude.
                                                                                e
              De Montélimar, le 29 avril 1915, Auguste Sylvain, tambour au 252  RI, exprime sa reconnaissance
              pour les soins prodigués "(...) car nulle part je ne serai choyé de la sorte.(...)" Renvoyé au front dans
                                                                         e       e
              diverses unités, il tombe le 19 juin 1916 sous le drapeau du 98  RIT, 6 Cie, à Dugny, devant Verdun.
                                                                               e
              De Quimper, le 3 septembre 1915, le soldat Louis Duquenne du 87  RI se désole : "(...) Je viens de
              manger  le  rata  pour  la  première  fois.  Je  vous  assure  que  ce  n'est  plus  Fresneau.  (...)  je  vous
              remercie beaucoup de tout ce que vous avez fait pour moi, sans cela je serais déjà au front car tous
              les 10 ou12 jours il y a un départ (...)". Le répit accordé sera de courte durée. Renvoyé en première
                                        e
              ligne dans les rangs du 402  RI, il est fait prisonnier en Champagne le 29 septembre. Interné au camp
              de Münster, en Westphalie, il écrit le 7 novembre pour solliciter l'envoi de vêtements chauds.







              Les Amis du Vieux Marsanne. Bulletin n°34                                                                                                                                Page 28
   708   709   710   711   712   713   714   715   716   717   718